Jean-François, une passion en héritage
Le 4 septembre 2026, notre association a perdu bien plus qu’un ancien président.
Elle a perdu une personnalité, un compagnon de route, un artisan passionné et surtout un homme profondément attaché aux autres.
Jean-François avait cette qualité rare de ceux qui ne se contentent pas de faire vivre une passion pour eux-mêmes : ils la transmettent.
Lorsqu’en 2015 il prend la présidence du Centre de la Marionnette de Saint-Nicolas, l’atelier va connaître une véritable transformation. Avec une équipe motivée et grâce à l’engagement de nombreux membres, il contribue à lui donner un nouvel élan, à réorganiser son fonctionnement, à améliorer ses locaux et ses outils, à structurer son avenir. Cette dynamique conduira notamment à la création de l’ASBL en 2017.
Mais réduire son action à ces réalisations serait bien trop peu dire.
Jean-François était avant tout un homme de transmission.
Transmettre un geste.
Transmettre un savoir-faire.
Transmettre le goût du travail bien fait.
Transmettre l’amour du bois et de la sculpture.
Transmettre surtout cette tradition si particulière de la marionnette à tringle liégeoise, héritée de générations d’artisans et de montreurs.
Il savait expliquer, montrer, recommencer, accompagner. Il savait prendre le temps de regarder faire et de donner confiance. Et il avait compris que préserver une tradition ne signifie pas la conserver immobile, mais la faire vivre en la transmettant aux générations qui viennent.
Les enfants accueillis à l’atelier en sont peut-être l’une des plus belles illustrations. Jean-François pouvait leur expliquer comment une marionnette naît, « depuis l’arbre jusque la scène », leur faire découvrir les outils, la sculpture et l’anatomie, et surtout leur donner envie de créer à leur tour.
Créer, justement : voilà un autre mot qui lui correspondait.
Créer avec ses mains, mais aussi créer des projets, créer des rencontres, créer des occasions de se retrouver. Car le Centre qu’il a contribué à construire n’était pas seulement un atelier où l’on taille le tilleul. C’était un lieu de vie.
On y travaillait sérieusement, certes, mais on y riait aussi. On y partageait un repas, un verre, une journée portes ouvertes, un stage, une exposition. On y accueillait les nouveaux venus. On y retrouvait les anciens. On y échangeait les idées, les techniques, les histoires et parfois simplement le plaisir d’être ensemble.
Cette convivialité faisait partie de l’œuvre de Jean-François.
Rassembler, c’était aussi sa manière de faire vivre l’association.
Autour de lui se sont retrouvés des sculpteurs, des marionnettistes, des montreurs, des artisans, des passionnés et des curieux. Le Centre a développé des liens avec les théâtres de marionnettes, avec les luthiers voisins, avec des artistes, des écoles, des associations et de nombreux acteurs culturels. Les photographies qui accompagnent cet hommage racontent précisément cela : une aventure humaine autant qu’une aventure artistique.
Et Jean-François avait compris que notre marionnette ne devait pas rester enfermée entre les quatre murs de l’atelier.
Il fallait aller à la rencontre du monde extérieur.
Les fêtes d’Outremeuse, les festivals, les manifestations folkloriques et culturelles, les rassemblements, les expositions, les journées de l’artisan, les écoles… autant d’occasions de montrer nos marionnettes, de faire découvrir leur fabrication et de rappeler qu’elles constituent une part essentielle de l’identité et du patrimoine liégeois.
Jean-François a également contribué à faire comprendre que ce patrimoine pouvait dialoguer avec le présent.
La marionnette pouvait être artistique, populaire, pédagogique, culturelle, mais aussi sociale et même thérapeutique. Les collaborations développées par le Centre, notamment autour de projets destinés à des personnes en situation de handicap ou de fragilité, témoignent de cette ouverture.
Préserver, transmettre, mais aussi ouvrir.
C’est sans doute là que réside l’une des plus belles traces laissées par Jean-François.
Il nous laisse un atelier vivant.
Il nous laisse des outils.
Il nous laisse des réalisations.
Il nous laisse des projets.
Il nous laisse surtout des femmes et des hommes auxquels il a transmis quelque chose.
Et puis il nous laisse toutes ces photographies.
Des visages.
Des sourires.
Des mains au travail.
Des enfants qui découvrent.
Des amis autour d’une table.
Des marionnettes qui prennent vie.
Des moments de partage.
Une vie associative, finalement, c’est peut-être cela : des moments qui deviennent des souvenirs, et des souvenirs qui continuent de faire vivre une œuvre.
Jean-François, ton œuvre ne s’arrête donc pas avec ton départ.
Elle est désormais entre nos mains.
Dans les mains de ceux qui continueront à sculpter le tilleul.
Dans les mains de ceux qui apprendront à leur tour.
Dans les mains des enfants qui découvriront demain la marionnette liégeoise.
Dans les mains de tous ceux qui pousseront la porte de l’atelier.
Chaque coup de gouge, chaque tête sculptée, chaque marionnette assemblée sera désormais aussi une manière de penser à toi.
Tu nous as appris qu’une tradition ne vit que si elle est partagée.
Alors nous continuerons.
À transmettre.
À partager.
À créer.
À rassembler.
À faire vivre la marionnette liégeoise.
Et lorsque, dans l’atelier, le bruit des gouges résonnera sur le bois, lorsque les copeaux tomberont sur l’établi et qu’une nouvelle marionnette commencera à prendre forme, nous penserons à toi.
Merci, Jean-François, pour ton engagement, ta générosité, ton enthousiasme et cette passion communicative qui ont tant apporté au Centre de la Marionnette de Saint-Nicolas et à la tradition de la marionnette liégeoise.
Tu restes dans nos cœurs.
Tu restes dans nos souvenirs.
Et surtout, Jean-François, tu restes dans nos mains.
Ton héritage est désormais notre responsabilité.
Et notre plus bel hommage sera de continuer à le faire vivre.